Christine, une longue brune d’une trentaine d’années, vivait la tête plongée sur son téléphone portable. Elle envoyait des textos à tous ses amis, à toutes ses copines, à sa grand-mère et à qui d’autre voulait bien lui répondre.
Elle avait pourtant un physique à couper le souffle, à faire fondre les coeurs comme des crèmes glacées en plein soleil. Il me la fallait. Après tout, me disais-je, tant mieux si elle ne remarque pas mes cheveux grisonnants et ma petite bedaine naissante. Christine a à peine levé les yeux vers moi, lorsque je me suis assis à sa table. Les rues de la capitale bourdonnaient d’activité autour de nous.
Sans même me présenter, j’ai entamé la conversation:
— Alors c’est ça, un iPhone?
— D’où vous débarquez, vous?
— Je reviens d’une expédition dans les jungles de Bornéo. Je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser aux avancées technologiques, ma belle.
Elle a posé son engin tape-à-l’oeil et m’a cette fois-ci dévisagé. Ses yeux étaient les plus clairs que j’aie jamais eu la chance de contempler. Mon mensonge l’avait déstabilisée, elle ne savait plus quoi faire de ses mains. Sa gauche caressa le contour de son téléphone, mais sa droite s’est avancée vers moi.
— Vous êtes allé dans la jungle?
— Oui, pour une mission archéologique dangereuse, qui a duré deux ans.
— Comme Indiana Jones?
Ah les jeunettes! J’ai aquiescé, inventé mille détails plus improbables les uns que les autres et l’ai emmenée au restaurant.
Son iPhone de malheur trônait en bonne place à côté de son couteau, et elle y tapotait régulièrement de courts textos. Ou des tweets, allez savoir. En bon gentleman, j’évitais de regarder ce qu’elle écrivait. Elle ne s’est pas excusée une seule fois, la bougresse.
Christine a parlé d’elle, entre le Chateaubriand et le dessert. Sa vie tournait autour de son téléphone. Elle avait une application pour tout, et quand enfin elle découvrait un domaine dans lequel son iPhone n’était pas doué, elle s’attelait à développer elle-même l’application qui comblerait ce manque. La belle bouffait du code comme moi je bouffe de la femme.
La note payée, je suis parti au bras de la serveuse, laissant Christine seule à notre table. Elle n’a pas réagi à mon départ. Elle ne l’a peut-être même pas remarqué.
J’imagine qu’elle avait une application pour me remplacer pour la suite de la soirée, de toute façon.


Monsieur Seducteur,
Voilà une bien jolie anecdote. Je me demande comment feraient les gens sans leur Iphone, leur Ipod, ou leur prochain Imachin! Je n’ai jamais croisé quelqu’un qui soit autant accro à son portable, mais cette femme se fabrique un autisme impressionnant…
Qu’elle vive longtemps, et bien seule!