Malgré une certaine allergie aux technologies de pointe, il m’arrive de les utiliser pour effectuer de nouvelles rencontres. Je traîne donc un peu sur le sordide facebook. Comme tout le monde ces derniers jours, j’ai assisté à la déferlante de couleurs en statut. Intrigué par ce mouvement, j’ai essayé d’en savoir un peu plus. J’ai envoyé un message à la plus récente de mes “amies”, Amelle, en lui demandant des explications.
“Hihihi je peu pa te dir, C 1 secre mdr”. Parmi mes nombreux talents, celui de polyglotte m’a souvent rendu service. Là je coinçais, pourtant. Plutôt que de lui avouer mon incompréhension, je lui ai proposé de se retrouver pour boire un verre en ville. Elle m’a répondu “wé ta l’R d1 bogoss”. Je lui ai précisé le lieu et l’heure et je me suis préparé.
Vu le langage de la demoiselle, le costard n’était pas approprié. J’ai enfilé un jean élimé, une chemise sport et mon vieux blouson en cuir. Quelques gouttes de Kouros pour sentir bon et j’ai décollé.
Amelle m’attendait déjà, assise sur un canapé moelleux, un café fumant sur la table basse devant elle. Je me suis approché d’elle, lui ai posé une main sur l’épaule et lui ai fait la bise. Elle m’a invité à m’asseoir à ses côtés et nous avons échangé des banalités le temps que je commande et boive mon café. Elle était renversante. De longs cheveux bruns soyeux, des yeux noisettes pétillants de joie de vivre, des pommettes volontaires, une taille fine et des jambes élancées ornaient une personnalité dynamique. Le courant passait plutôt bien entre nous deux.
— Bon, c’est quoi cette histoire de couleurs sur facebook?
— Normalement je ne devrais pas te le dire.
— Pourquoi ça? Toutes les filles jouent à ce jeu, ça ne peut pas être si secret que ça!
— C’est comme ça. On ne doit pas le dire. Mais t’es mignon, et je vais faire une exception.
Amelle s’est collée contre moi, m’a saisi la main et m’a susurré à l’oreille:
— On met la couleur de nos soutien-gorges. Au début c’était contre le cancer du sein, je crois, mais ça s’est transformé en jeu.
Son souffle chaud me procurait des frissons.
— C’est le téléphone arabe, en quelque sorte.
Elle s’est levée, livide, puis rouge — comme son statut du jour, et donc, j’imagine, comme son soutif — et s’est mise à crier.
— Qu’est-ce t’as contre les arabes, enfoiré d’ta race?
J’ai été surpris, j’avoue. Je ne m’attendais pas à une telle réaction. J’ignorais même, comme elle me l’a appris plus tard, que son prénom était d’origine arabe (il signifie “Espoir”). J’ai fait appel à tout mon charme pour lui expliquer ce jeu d’enfant qui transforme une phrase, au fur et à mesure de sa transmission.
Amelle s’est calmée et nous avons passé encore de longues heures à discuter de tout et de rien. Je l’ai raccompagnée chez elle, elle m’a invité à boire un dernier verre…
Au petit matin, en marchant dans les rues encore endormies, je ne savais pas quel serait son statut du jour sur facebook: quand je suis parti elle n’avait toujours pas remis de soutien-gorge.
Si vous aussi vous voulez draguer avec succès sur Facebook, jetez un coup d’oeil à la méthode d’un copain. Ca en vaut la peine.

Bonjour,
Je suis votre blog depuis un certain temps. J’aurai un projet d’édition à vous proposer dans le cadre des activités de notre maison d’édition numeriklivres (http://www.numeriklivres.com)
Je serai très heureux si nous pouvions communiquer.
Bien@vous
Jean-François